|
Nous sommes dans la période des groupes
à noms d’oiseaux. Après la
récente sortie du flamboyant ‘Palo
Santo’ de Shearwater (en anglais, le ‘puffin’),
un groupe qui n’a plus à faire ses
preuves, voici que débarquent les jeunes
anglais de Guillemots, nom d’un oiseau exotique
en voie de disparition. Et justement, il semble
bien que l’on ait déniché
l’oiseau rare, avec ce maxi long comme un
album (8 titres, 40 minutes, il rassemble en fait
les 2 premiers EP du groupe), qui bénéficie
d’une fraîcheur que l’on avait
pas entendue depuis longtemps.
From The Cliffs, c’est un exercice d’équilibriste,
toujours sur le fil, qui joue avec les genres,
les exploitant et retournant à tout va.
Le récent succès d’Arcade
Fire, de Broken Social Scene, d’Architecture
In Helsinki, a certainement ouvert la voix à
de nombreux talents. Et Guillemots exploite le
filon avec brio. La biographie du groupe nous
éclaire néanmoins un peu plus sur
leur personnalité. Si le chanteur –
et pianiste – Fyfe Dangerfield, est anglais,
le guitariste MC Lord Magrao vient du Brésil,
le percussionniste Rican Caol est Ecossais, et
le bassiste Aristazabal Hawkes est Canadien !
Du coup, on comprend mieux un tel éclectisme.
Car si Guillemots fait de la pop, les influences
des tous horizons sont légion.
Ca démarre tout doucement, sur ‘Sake’,
une courte introduction, puis ‘Trains To
Brazil’, titre emblématique de la
diversité de Guillemots, prend le relais.
On n’en sort pas indemnes. Dans un premier
temps on reste sceptique, on ne sait pas trop
quoi en penser, on se pose un peu la question
: « on peut faire ça ? Ca n’est
pas un peu ‘limite’, entre pop et
variété ?», et puis on se
laisse aller et – surtout – séduire.
Diablement efficace. Un pont entre le Royaume-Uni
et l’Amérique du Sud. Bien ensoleillé
pour une musique d’Anglais ! On passe d’un
chant/piano aux airs d’Elton John qui peut
dans un premier temps laisser perplexe à
des envolées de cuivres euphoriques (‘Who
Let The Lights Off, Baby ?’). Les violons
planent sur l’étrange ‘Over
The Stairs’, sur lequel on commence à
remarquer (mais oui tiens !) que le chant de Fyfe
Dangerfield est parfois bien proche de celui de
Thom Yorke, avec ses petits cris plaintifs aigus.
Sur ‘Go Away’ la question ne se pose
même plus, et le groupe enfonce le clou
avec ce titre qui résume bien toute sa
diversité. Un début entre Dub et
Reggae, suivi d’un break plus ‘jazzy’
avec ses saxophones et percussions, un autre break
a cappella, puis un final plus rock, qui mélange
le tout en un crescendo imparable. Pas une seconde
de répit sur cette petite merveille de
7 minutes 46 !
Même si la mécanique doit encore
se mettre un peu en place (les meilleurs titres
sont tellement magnifiques que les autres peuvent
paraître un peu fade), Guillemots semble
très bien parti pour nous offrir du très
bon, voire de l’excellent, et de ne pas
se cantonner à suivre la mode ou n’être
que le groupe du moment. Le disque bénéficie
aujourd’hui d’une presse plus qu’enthousiaste
(d’abord le NME et le Rolling en Angleterre,
puis le "écouté et approuvé"
des Inrocks ainsi que le ffff
de Télérama. Le premier ‘vrai’
album sera dans les bacs le 10 juillet, on s’en
frotte déjà les mains !
Titres conseillés: Trains To Brazil, Who
Let The Lights Off Baby ?, Cats Eyes, Go Away
|